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Ascension du Kilimandjaro - 5895m

Fin janvier 2025, j'atterri en Tanzanie à 3h du matin pour me lancer dans un nouveau challenge : l'ascension du Kilimandjaro ! Plus haut sommet du continent africain, le Kilimandjaro culmine à 5895m d'altitude. C'est pour moi un défi de taille car je ne suis jamais allé à plus de 3800m d'altitude. Je ne sais pas comment mon corps va réagir et je sais que rien n'est gagné d'avance.

Dans cette expédition, je serai accompagné par trois inconnues : Simone, Manon et Mango. On ne se connait pas mais quand j'ai proposé à ma communauté Instagram de se joindre à moi pour tenter l'ascension du plus haut sommet africain elles ont répondu présent. Malgré notre manque d'expérience, nous sommes tous les quatre jeunes, sportifs, et très motivés !

Simone et Manon sont arrivées la veille. Manon arrive elle quelques heures après moi. Nous avions tous rendez-vous dans un hôtel vers Moshi. Nous n'attaquons pas directement l'ascension. Nous prenons une journée pour apprendre à se connaître. Déjà tous en forme, nous partons visiter un atelier de confection de café puis allons nous baigner dans la cascade de Materuni. Une belle manière de souder le groupe avant de partir pour un trek de 7 jours en haute altitude.

Règlementation

Pour faire l’ascension du Kilimandjaro, il y a des règles strictes. L’accès au parc national est payant pour chaque jour passé sur la montagne, et il est obligatoire d’être accompagné par des guides et des porteurs. Chaque membre de l’équipe a un rôle bien défini : cuisinier, responsable du camp, guide principal, porteurs dédiés à l’ascension finale, entre autres. Quand on additionne le nombre de personnes qui nous accompagnent, cela peut paraître disproportionné, surtout quand on a l’habitude de partir avec une tente ultralight et quelques lyophilisés dans le sac.

Mais ici, le fonctionnement est différent. Ce système fait vivre toute une économie locale, et il s’inscrit dans une volonté claire de la Tanzanie : encadrer l’accès à son patrimoine naturel et en faire une source de revenus durable. Alors plutôt que d’être gêné par cette organisation, on apprend à en comprendre le sens.

Mine de rien, cette assistance apporte une aide précieuse et facilite largement l’ascension. Nous partons pour sept jours en autonomie relative, et tout doit être porté : la nourriture, les tentes, les matelas, les affaires de rechange, le matériel collectif, sans oublier la bouteille d’oxygène de secours. Sans les porteurs, la logistique serait bien plus lourde et contraignante. L’ascension du Kilimandjaro resterait techniquement réalisable pour des randonneurs ou alpinistes bien entraînés, mais bien plus difficile.

En régulant son accès, le gouvernement a fait le choix de protéger ce site emblématique tout en garantissant des retombées économiques directes pour les populations locales. Un équilibre imparfait peut-être, mais nécessaire. Cette solution, mix entre aventure, préservation et respect du territoire, n'est peut-être pas parfaite, mais elle fonctionne et profite au plus grand nombre. Une fois que l'on a compris ça, on l'accepte et c'est avec un grand sourire que l'on rencontre toute l'équipe qui nous accompagnera. Notre groupe avait deux guides, Seba et Cele, ainsi qu'une dizaine de porteurs.

Jour 1

C’est l’heure du vrai départ de l’ascension. Nous nous rendons au Machame gate, point de départ de notre itinéraire. À partir de là, nous allons être pendant sept jours dans la nature. Plus d’hôtel, seulement tentes et sacs à dos.

On fait un petit point avant de partir pour checker comment chacun se sent avant de se lancer dans cette grande aventure. Globalement nous ressentons de l’excitation, et n'avons pas trop peur de ce qui nous attend. Tous le monde a un mindset très positif, ça fait du bien ! Dans ma tête aucun doute, nous irons au sommet.

Le Machame Gate se trouve à 1817m d’altitude. La première journée nous devons faire environ 10km et 1200m de dénivelé positif pour arriver jusqu’au premier camp. Nous entamons la montée par un sentier bien net au milieu d'une forêt dense. Quelques minutes plus tard, des gouttes commencent à tomber. Elle nous accompagneront toute la mâtinée. Nous ne sommes pas étonnés, à cette strate d'altitude la végétation est luxuriante. Les mousses, fougères et plantes épiphytes foisonnent. C'est un signe qui ne trompe pas, nous sommes dans un climat humide.

Les gouttes d'eau n'ont pas d'effet sur la dynamique du groupe. Nous enfilons nos vêtements de pluie et continuons notre chemin en admirant cet environnement passionnant. Nous sommes bien loin de notre quotidien en France, alors il faut profiter de chaque instant !

Après quelques heures de marche entre les averses, nous atteignons le camp 1. Nos tentes sont déjà montées. À partir de ce moment là, le temps s'éclairci. Il ne pleuvra d'ailleurs plus de la journée. Nous en profitons pour explorer les alentours du camp et je m'arrête un long moment à observer de petits oiseaux jaunes tout mignons ainsi que des fleurs atypiques.

Le soir arrive, et avec lui un joli coucher de soleil. Tout le monde va bien, la journée était géniale, tout est parfait ! Mon seul regret : je n'ai pas réussi à trouver les singes qui peuplent ces forêts et demain nous marcherons dans une nouvelle zone d'altitude où ils n'habitent pas.

Jour 2

La journée démarre de la meilleure des manières. Après avoir pris notre petit déjeuner, on aperçoit un singe bleu à côté du campement ! Pendant que je m’enfonce dans la forêt avec lui pour essayer de le prendre en photo, le reste de l’équipe commence la randonnée du jour. Les guides savent que je les rattraperai rapidement. Après 24h ensemble ils ont déjà compris que je courais partout et que le slogan local " Pole Pole " ne s'appliquera pas à mon cas. Cette expression utilisée pour optimiser les chances d'ascension signifie qu'il faut avancer doucement, petit pas par petit pas, afin d'éviter le mal des montagnes. Je m'en inquièterai à partir de 4000m. En dessous, je connais (et pour l'instant mon corps répond bien).

Aujourd’hui l'itinéraire part de 3021m d'altitude et monte jusqu’à 3830m, le tout en 5km. Nous quittons progressivement la forêt humide pour arriver dans un nouveau paysage que je ne saurais décrire. Les plantes sont ici comme nulle part ailleurs. La végétation est très diversifiée mais plus basse. On peut voir l'horizon alors qu'hier elle était bloquée par les lianes. Il y a toujours des arbres, mais nettement plus petits. Par contre, l'air est toujours très humide. En voyant les arbres penchés et recouverts de mousses, j'imagine que c'est toujours le cas et qu'il doit parfois aussi y avoir du vent.

Notre groupe avance rapidement, pour la deuxième journée consécutive nous sommes les premiers au campement. Avant de nous installer nous partons faire un petit détour qui nous permettra d'enfin voir le sommet du Kilimandjaro. Une fois arrivés au point de vue, le sommet est bien là. On sent que l'on s'approche ! Visualiser l'objectif, qui d'ici semble à portée de main, nous motive et nous rassure énormément.

Nous retournons tout excités au camp 2. Le reste de la journée est composé d'un bon repas, d'une douche au saut d'eau, de jeux de sociétés, d'un goûter au pop corn et de repos dans nos tentes. Personnellement, quitte à avoir le temps, j’en profite pour faire une quête secondaire : je pars solo pour atteindre la barre symbolique des 4000m, c'est trop dommage de s'arrêter à 3800m.

Ce moment fait parti de ceux que j'ai le plus aimé. Seul, au beau milieu du parc national du Kilimandjaro, à observer toutes les facettes de ce décor unique au monde. Quel régal ! Je prends mon temps et savoure cette petite heure tout droit sortie d'un rêve.

De retour de mon échapée, Simone, Mango, Manon et moi-même passons un long moment à échanger et jouer avec les guides et porteurs. Nous sommes le seul groupe à faire cela, c'est dommage. Notre groupe m'apparaît comme le plus soudé. Nous créons des liens tous ensemble et formons une belle équipe.

Jour 3

En dormant à 3800m, les premiers symptômes du mal d'altitude ont commencé à apparaître. Cette nuit Mango s'est sentie mal et au petit matin elle se réveille encore un peu faible. Le reste du groupe lui va bien mais par précaution le guide nous propose de tous prendre du diamox, un médicament indiqué contre le mal d'altitude, à prendre pour optimiser nos chances d'ascension.

Qu'est-ce que le diamox ?
Le diamox (Acétazolamide) est un diurétique. Il favorise l’élimination urinaire des ions bicarbonates fabriqués en grande quantité par l’organisme lors du séjour en altitude et responsables du mal aigu des montagnes (MAM) et de ses complications. Ce médicament améliore incontestablement l’acclimatation. Attention, consultez un médecin avant de prendre quelconque médicament !

Sans hésitation Manon, Simone et Mango commencent le traitement. Elles ont raison, ça augmente leurs chances d'arriver au sommet ! Personnellement, je m'y refuse. J'en prendrai peut-être plus tard, ou sur une autre ascension. Je ne sais pas comment mon corps réagit naturellement à la haute altitude et j'aimerais faire le test. J'aimerais apprendre à mieux me connaître, à tester mes limites. Peut-être que cela me portera préjudice sur le Kilimandjaro, mais c'est un apprentissage que j'estime important dans l'optique de gravir d'autres sommets plus tard (c'est aussi un petit challenge personnel, il faut l'avouer). Dans tous les cas, j'en assumerai les conséquences.

Aujourd'hui le plan est de monter jusqu’à 4600m d’altitude pour continuer notre acclimatation, puis de redescendre dormir à 3912m sur un autre camp. Le paysage a encore une fois totalement changé. Il est devenu lunaire. Alors qu'il reste encore quelques petits arbustes et plantes basses au début, après une heure de marche il n'y a plus que de la roche volcanique à perte de vue. On a décidément franchi un cap. Nous sommes dans une zone extrême où la vie se fait rare.

Le passage à 4600m se fait plutôt facilement. Nous avançons plutôt vite et même si le souffle se fait plus court nous n'observons rien d'inquiétant. Sur la redescente, à proximité du camp 3, il y a des plantes endémiques fascinantes en grande quantité : des Dendrosenecio Kilimanjari. Elles sont plus grandes qu'un humain et ont une forme très atypique que j'adore !

La vie de camp se passe à merveille, tout roule. Même s'il y a quelques petites précipitations dans l'après-midi, la nuit elle est claire et laisse apparaître des milliers d'étoiles. Un spectacle que j'admire jusque tard dans la nuit.

Le mal des montagnes

Qui est impacté ?

Impossible d’y échapper : toute personne qui monte altitude sera affectée par le mal des montagnes si le corps n’a pas eu le temps de s’adapter aux conditions atmosphériques.
Pour certains c’est à partir de 2500m d’altitude, d’autres 3500m, d’autres à partir de 5000m ou plus...

Pourquoi ça arrive ?

En prenant de l’altitude, la pression atmosphérique baisse et il y a de moins en moins de molécules d’air disponible. Le pourcentage d’oxygène reste le même mais il y a simplement moins d’air à respirer. Ayant moins d’air à respirer, le corps a des difficultés à alimenter les organes vitaux et les muscles en oxygène, on se trouve alors en hypoxie. À ce moment là des symptômes apparaissent.

Ça fait quoi ?

Les premiers symptômes les plus fréquents sont des maux de têtes, des insomnies, une fatigue anormale, une perte d’appétit, des vomissements. Au bout d’un certain temps on peut avoir des troubles de la coordination, des changements de comportement, des difficultés à prendre des décisions rationnelles. Le MAM peut aller jusqu’à l’œdème pulmonaire ou l’œdème cérébral qui peuvent être fatals en l’absence de traitement et / ou de redescente rapide. Il y a donc un réel danger !

Comment l’éviter ?

Pour l’éviter, il faut adapter son corps progressivement à l’altitude. C’est pourquoi il y a une phase d’acclimatation lors des ascensions. Il faut aussi veiller à bien boire, bien manger, assez se reposer, et au moindre symptôme le dire à son équipe !

Jour 4

Le quatrième jour commence comme les autres : petit déjeuner copieux sous la tente principale, préparation des affaires puis randonnée. Au menu du jour 800m de d+ pour 8km. Le point notable du jour : on passe par le Barranco Wall. C’est un sentier plus technique où l'on pose un peu les mains. Il est décrit comme difficile et vertigineux mais ça passe tout seul. C'est surtout dangereux pour les porteurs qui ont des charges lourdes sur la tête et qui peuvent être déséquilibrés.

Aujourd'hui encore, on monte et redescend en altitude pour s’acclimater. Le nouveau camp se situe à 4040m d’altitude. On arrive au camp très tôt, à midi on y est déjà. Le guide voit qu’on est rapides et résistants. Il nous propose de sauter une étape. C'est à dire de manger comme prévu, mais d'ensuite repartir pour 700m de d+ jusqu’au dernier camp. Une fois au camp final, il faudra faire une sieste et dormir un maximum pour tenter l’ascension finale le lendemain matin dans la nuit.

Manon veut vraiment tenter le coup. Mango est partante aussi. Avec l’euphorie du groupe elles convainquent Simone d’y aller. Personnellement je suis motivé, mais j'ai surtout envie qu’on arrive tous au sommet. Malheureusement en face de moi je vois des jambes tremblantes et des regards pleins de fatigue. Je calcule rapidement et je comprends directement que c’est irraisonnable. On devrait se lancer dans 1850m de d+ en haute altitude (prochain camp + ascension dans la nuit) alors que Simone a déjà subit les 800m de dénivelé du jour et que Mango se sent encore faible.

On ne sautera pas une étape. À ce moment là je prends une grosse décision car je ne suis pas certain de la météo qui arrive et je peux potentiellement faire foirer toute l’expédition. Je demande au guide de checker et il me dit que “c’est bon”...

Barafu Camp & Ascension finale

Pour accéder au camp final, seulement 700m de d+ et 3km. Ça se fait vite ! Par contre, une fois au camp c’est repos jusqu’à minuit (ou légèrement plus tard pour les rapides) puis départ pour l’ascension finale.

Au Barafu Camp, perchés à 4600m d'altitude, la météo commence à tourner dès midi. Il fait gris. À 19h il commence à neiger. Tout s’empire très vite et on se retrouve dans un orage à 4600m d’altitude. Il y a du vent, il neige en continu et des éclairs fusent partout dans le ciel. Là, c’est la merde. Je prends conscience que j'ai probablement fait foirer l’expé à cause de ma décision de la veille, on ne va même pas pouvoir tenter d'y aller cette nuit. Problème : une fois à ce camp, on ne peut rester qu’une nuit car il y a peu de tentes pour beaucoup de touristes. Il n'y aura pas d’autres chances, on est foutu. J’enrage et ne dort pas de la nuit.

À 2h du matin, on se lève pour aller prendre le petit déjeuner. Il neige toujours. Ma tête a pensé toute la nuit. Je me ressasse sans cesse les arguments et scénarios possibles pour essayer d’aller jusqu’au sommet. C’est si proche, ça fait 5 jours que je me retiens d’y courir, impossible de ne même pas essayer ! Heureusement et à ma grande surprise, pas besoin de négocier. On se lance avec nos 2 guides + un porteur supplémentaire présent pour nous venir en aide s'il y a un gros problème avec l’altitude.

Pendant plusieurs heures on avance dans la nuit, sans rien voir à travers les nuages. Mango a beaucoup de nausées, c’est inquiétant. Vers 5400m, le ciel se dégage enfin. Avec Manon on est à fond ! On chante, on dance, on est si heureux d’être là !

Du côté de Mango, c’est la catastrophe. Elle ne tient plus sur ses jambes. C’est un pantin que le guide retient de tomber. De son côté Simone tient au mental mais on sent que ça devient difficile. Ça se complique pour presque tout le monde à vrai dire. En regardant autour de nous, je vois la grande majorité des personnes en souffrance. Je prends conscience de la puissance du mal des montagnes. Les gens ne sont plus que l’ombre d’eux même. Ça me fait peur.

À 5700m, on arrive dans le cratère du Kilimandjaro. C’est là qu’il y a les glaciers. Grâce à la météo capricieuse, on est face à un cratère tout blanc. On vit réellement les légendaires neiges du Kilimandjaro !

Sur la dernière partie avant le sommet, il y a comme un gros embouteillage, tout le monde semble à l'arrêt. En y regardant de plus près, on remarque que les gens n'attendent pas, ils ont les jambes coupées par l'effort et ne peuvent pas aller plus vite. Certains doivent même redescendre car ils se sentent trop mal. Ça semble complètement surréaliste quand on marche à côté en étant en pleine forme !

Même amoindri, mon groupe double tout le monde. Même Mango a miraculeusement retrouvé des forces ! On ne comprend pas ce qui se passe mais on est tellement heureux pour elle !

Vers 8h du matin, nous atteignons tous les quatre le sommet du Kilimandjaro ! Le plus haut point de tout le continent Africain ! Une fierté immense ! Quel bonheur d'être monté sans encombres jusqu'à presque 6000m d'altitude, d'avoir gravi l'un des sommets les plus emblématiques au monde et de savoir que tout le groupe a atteint son objectif ! Une belle case de cochée pour ma part sur la liste de mes rêves.

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